L’hygiène intime : les bons gestes pour respecter le microbiote vaginal
Qu’est-ce que l’hygiène intime ?
Quand on parle d’hygiène intime, on fait référence chez la femme à la zone vulvaire : les grandes lèvres, les petites lèvres, l’intérieur des plis de la muqueuse. La muqueuse est reconnaissable au fait que sa surface est humide, et qu’elle est dépourvue de poils. La peau des grandes lèvres n’est pas une muqueuse, car elle comporte des glandes (qui produisent de la sueur et du sébum) et des follicules pileux, dont l’importance est majeure pour le maintien de l’intégrité du microbiote vaginal.
Au niveau de la zone vulvaire, il y a aussi l’entrée du vagin, donnant sur le vagin lui-même ! Ce dernier est-il à nettoyer de la même manière que la zone externe de la vulve ?
Réponse en détails, pour adopter les bons gestes !
Une zone délicate, à traiter avec douceur !
Comme mentionné précédemment, l’intérieur de la vulve est une muqueuse.
La muqueuse, à la différence de la peau, ne possède pas de couche cornée (un fine couche de cellules de peau mortes, qui tombent petit à petit, comme lorsque la peau pèle). Elle est donc plus fragile, et possède un pH légèrement plus acide que celui de la peau. Voici des repères concrets :
– pH physiologique de la peau : aux alentours de 5
– pH du vagin : entre 3.8 et 4.5
– plus on se rapproche de l’entrée du vagin, plus le pH va diminuer
La vulve est donc un environnement légèrement acide, ce qui a une importance majeure lors de la toilette !
Lavage uniquement à l’eau claire, vraiment ?
Si l’environnement de la vulve est délicat, nous pourrions supposer qu’un lavage à l’eau claire serait adéquat. Regardons-y de plus près :
– pH moyen de l’eau du robinet : 8
– propriétés dégraissantes et antiseptiques de l’eau : aucunes
Laver la vulve uniquement à l’eau claire est donc une mauvaise idée. Le pH basique de l’eau seule altère le film hydrolipidique protecteur, accroissant la déperdition en eau de la muqueuse, et aggravant la sécheresse. Une étude a également montré qu’un lavage à l’eau pouvait augmenter le pH de la peau jusqu’à 6 heures après la toilette, et modifier ainsi les conditions d’équilibre du microbiote local.
De plus, l’eau seule n’élimine pas les germes ! Or la vulve nécessite d’être nettoyée afin de prévenir la contamination fécale, l’accumulation des pertes vaginales, de sueur, d’urine, et les mauvaises odeurs. Vous imagineriez-vous vous laver les mains ou les aisselles uniquement à l’eau ? Non ? Et bien, il en va de même pour la zone intime !
Quel nettoyant pour la toilette intime ?
Afin de respecter le pH de la vulve tout en la nettoyant correctement, il convient de se tourner vers des nettoyants comportant la mention « pH physiologique » qui sera donc de 5 – 5,5 (et non « pH neutre », car cela correspond à un pH de 7 !), et comportant des détergents doux. Des détergents doux, ce sont des tensio-actifs qui vont venir nettoyer délicatement, sans altérer le film hydrolipidique. Pour les repérer, c’est simple : ils portent la mention « sans savon ».
Pour fabriquer du savon, voici la recette : de la soude (pH 14) + de l’huile végétale = savon (pH 10)
Les nettoyants portant le nom de savon auront donc automatiquement un pH alcalin, et non physiologique ! C’est le cas notamment des gels douches.
Il existe aussi des produits spécifiquement conçus pour l’hygiène intime, qui respecteront les critères précédents (pH physiologique + absence de savon) et seront enrichis en actifs aux propriétés diverses (souvent végétaux, pour des propriétés apaisantes, hydratantes…).
On trouve des nettoyants sans savon sous forme liquide (on les appelle des syndets pour SYNthetic DETergents) ou sous forme solide : il s’agit des pains dermatologiques. Ce type de nettoyants s’utilise également pour le corps entier, évitant ainsi de devoir collectionner les produits.
Et le vagin ?
Nous l’avons vu en détails, un nettoyant doux sans savon au pH physiologique est recommandé pour le lavage de la vulve.
Faut-il également laver l’intérieur du vagin, en y insérant un doigt avec du nettoyant, ou en utilisant le pommeau de douche pour faire pénétrer de l’eau à l’intérieur ? La réponse est claire : NON !
Le vagin est auto-nettoyant, c’est ce qui explique d’ailleurs les pertes vaginales quotidiennes. La pénétration d’eau (au pH basique) à l’intérieur, et l’utilisation de produit nettoyant sur la muqueuse vaginale va perturber l’équilibre du microbiote.
Quel est le danger des nettoyages de l’intérieur du vagin alors ? Cette pratique, appelée « douche vaginale » est associée à un risque accru de vaginoses bactériennes, de naissances prématurées, de grossesses extra-utérines, de maladies inflammatoires pelviennes, d’endométrioses et de cancers du col de l’utérus, selon une méta-analyse. De plus, le risque d’infections sexuellement transmissibles telles que le VIH serait augmenté.
Un seul mot d’ordre : laisser son vagin tranquille ! On nettoie donc uniquement en surface, à la main, sans pénétrer dans le vagin, et ce une fois par jour.
Le saviez-vous également ?
Entre les toilettes, on n’oublie pas de changer de sous-vêtement quotidiennement, et d’éviter le port de protège-slips non respirants au quotidien. Ces derniers modifient la température, l’humidité et le pH de la vulve ! Si un protège slip s’avère nécessaire (en cas de pertes vaginales importantes, comme lors de l’ovulation) il convient de privilégier ceux prônant un « voile respirant ».
Pour finir, l’excès d’hygiène et la chasse aux odeurs n’est pas compatible avec la réalité de l’écosystème vaginal : chaque microbiote vaginal est unique, avec une odeur naturelle qui lui est propre, et chercher à l’aseptiser ne fera que déséquilibrer son équilibre crucial pour la santé intime ! Les déodorants sont donc à éviter sur cette zone.
Toutefois, certaines odeurs doivent attirer l’attention : on parle ici d’odeurs inhabituelles, comme l’odeur de poisson, associées à des pertes vaginales anormales, qui doivent inviter à consulter pour diagnostiquer une éventuelle dysbiose vaginale, comme une vaginose bactérienne ou une candidose. (lien vers un article sur les dysbioses vaginales).