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Projet Madeleine

D’où vient le microbiote vaginal ?

Le vagin est peuplé de milliards de bactéries, regroupées sous le terme de microbiote vaginal. Ce microbiote est présent dès la naissance, et évolue tout au long de la vie d’une femme, de la puberté à la ménopause. Mais comment ces fameuses bactéries, jouant un rôle crucial dans la santé intime des femmes, se retrouvent-elles dans le vagin ? Eclairage sur la chronologie de cette colonisation !
  • Pendant la grossesse

    Lorsque le bébé est encore dans l’utérus de sa mère, il y a un passage des hormones de cette dernière dans le placenta, ce qui induit un transfert des œstrogènes (hormones sexuelles responsables des caractères sexuels secondaires féminins) de la mère vers le fœtus.

    Sous l’effet des œstrogènes, les cellules de la muqueuse vaginale de la petite fille accumulent du glycogène. Ce sucre naturellement produit par les cellules vaginales permet une acidification du pH vaginal. Avant la naissance, le vagin de la petite fille est dépourvu de bactéries. Ces dernières viendront coloniser le vagin à partir de l’accouchement.

  • A l’accouchement

    L’acquisition du microbiote du nouveau-né se fait à la naissance, lors du contact avec le microbiote maternel. Le microbiote maternel en question sera différent en fonction du mode d’accouchement : par voie basse, le nouveau-né sera en contact avec le microbiote vaginal de la maman ; par césarienne, le nouveau-né sera en contact avec le microbiote cutané de la maman et du personnel hospitalier

    Ainsi, les bébés nés par voie basse et ceux nés par césarienne n’ont pas le même microbiote. Celui des bébés nés par césarienne sera moins diversifié, du fait des conditions stériles requises pour la réalisation de l’acte. Néanmoins, il est possible de restaurer le microbiote des enfants né par césarienne, en les exposant au microbiote vaginal de leur mère dès la naissance.

    Ce passage des bactéries de la mère vers le nouveau-né entraîne une colonisation cutanée, digestive et également vaginale (lorsqu’il s’agit d’une petite fille). Si l’accouchement s’est fait par voie basse, des lactobacilles vaginaux se retrouveront dans le microbiote du nouveau-né, et pourront se développer dans le vagin grâce à la présence de glycogène.

  • Après la naissance

    Une fois que la petite fille est venue au monde, elle n’est plus exposée aux œstrogènes de la maman, ce qui va entraîner une diminution de la production de glycogène au niveau des cellules vaginales, et donc une diminution du nombre de lactobacilles. Le pH du vagin de la petite fille va alors augmenter, donnant lieu à un microbiote vaginal diversifié, moins riche en lactobacilles, et ce jusqu’à la puberté.

  • A la puberté

    La puberté est marquée par une élévation de la concentration en œstrogènes, hormones reproductives féminines, qui vont être sécrétés principalement par les ovaires.

    Cette élévation entraîne une augmentation de la synthèse de glycogène par les cellules vaginales, qui va être utilisé par les lactobacilles pour former de l’acide lactique. Cet acide lactique entraîne une diminution du pH vaginal jusqu’aux valeurs retrouvées chez la femme adulte (3.8 – 4.5) et induit le changement de composition du microbiote vaginal vers une flore plus riche en lactobacilles. L’interdépendance entre le taux d’œstrogènes et la composition du microbiote vaginal s’avère être un paramètre majeur.

  • Pendant les règles

    La survenue des règles est liée à un effondrement du taux circulant d’œstrogènes. Comme vu précédemment, un lien existe entre les œstrogènes et la présence de lactobacilles dans le vagin.

    Lorsque le taux d’œstrogènes diminue, le nombre de lactobacilles décroit et la quantité d’acide lactique diminue également : le pH vaginal augmente, pour arriver aux alentours de 5. Cette augmentation du pH vaginal est liée à une augmentation du risque d’apparition d’infections vaginales, avec notamment le développement de Gardnerella vaginalis, marqueur des vaginoses bactériennes.

    L’élévation progressive du taux d’œstrogènes au début du nouveau cycle menstruel provoque une élévation de production de glycogène, qui va pouvoir être fermenté par les lactobacilles en acide lactique, donnant lieu à un pH plus acide, gage de prolifération des lactobacilles.

  • A la ménopause

    La ménopause est caractérisée par une diminution importante de la synthèse des œstrogènes par les ovaires. Cette diminution des œstrogènes entraîne la même cascade d’évènements qu’au moment des règles, mais cette fois-ci avec des effets plus durables sur la composition du microbiote vaginal.

    La diminution de la synthèse de glycogène par la muqueuse vaginale entraine une atrophie et une sécheresse, et une moindre présence des lactobacilles. Le pH vaginal augmente, pour se situer autour de 7.

Tout au long de la vie, l’influence du microbiote intestinal

La proximité entre le vagin et l’anus induit le passage de bactéries d’un environnement à l’autre. Ainsi, des bactéries intestinales colonisent le vagin, et vice versa ! C’est pour cela qu’il est important d’apprendre aux petites filles les bonnes bases de l’hygiène intime, notamment lors du passage aux toilettes.

De nouvelles études viennent également mettre en lumière les possibilités d’actions intéressantes au niveau de l’alimentation pour impacter favorablement la composition du microbiote vaginal, en se basant sur cet axe intestin-vagin. En effet, la consommation de certains aliments (comme les aliments fermentés et les fibres alimentaires) pourraient permettre le développement de lactobacilles au niveau intestinal, qui passeraient ensuite dans le vagin.