La CST I : dominée par Lactobacillus crispatus
Le mot « microbiote » est constitué de deux termes : micro – ce qui est infiniment petit, et -biote, qui signifie l’ensemble des organismes vivants d’un endroit donné. Le microbiote vaginal désigne donc l’ensemble des organismes vivants microscopiques, invisibles à l’œil nu, qui sont présents dans le vagin. Ces micro-organismes sont principalement des bactéries, mais peuvent aussi comprendre des virus, des parasites et des levures, qui, quand l’équilibre est présent, ne présentent pas de danger pour la santé.
Le nombre de bactéries dans le vagin est de plusieurs milliards, un chiffre tellement élevé qu’il s’exprime en puissance de 10 (de 1010 à 1011 bactéries). Plus exactement, ces micro-organismes adhèrent à la paroi vaginale, qui est une muqueuse.
Une muqueuse, c’est une couche de peau qui est beaucoup plus fine, plus fragile, et toujours humide, car les cellules à sa surface sont recouvertes de mucus (substance visqueuse fabriquée par des glandes). On retrouve des muqueuses au niveau de la paroi interne des certains organes et cavités du corps : dans la bouche, à l’intérieur des paupières, à l’intérieur des poumons et des intestins, et dans le vagin.
La muqueuse vaginale est recouverte d’un mucus qui est produit par les glandes du col de l’utérus. Dans le cas du vagin, ce mucus se mélange à un sucre produit par les cellules de la surface du vagin, le glycogène, sous l’influence des hormones. Ce duo mucus + glycogène crée un environnement favorable pour l’adhésion et le développement de bactéries, qui vont alors s’y établir et fermenter le glycogène, pour aboutir à la formation d’acide lactique (selon le même principe que la fermentation du yaourt avec le lactose).
L’acide lactique produit par les bactéries du microbiote vaginal qui abaisse le pH, conférant au vagin un pH acide, se situant entre 3.8 et 4,5. Ce pH acide a un effet protecteur sur le milieu vaginal, car il empêche le développement de certains autres micro-organismes potentiellement pathogènes qui ne peuvent se développer dans un milieu acide.
Le potentiel hydrogène est une grandeur sans unité, qui reflète l’activité de l’ion hydrogène (H). L’échelle de pH se situe entre 0 et 14 :
Chaque microbiote vaginal est différent, avec des espèces bactériennes plus ou moins représentées. Néanmoins, les espèces bactériennes les plus couramment retrouvées appartiennent au genre des lactobacilles, des bactériennes en forme de bâtonnets, produisant de l’acide lactique (d’où le préfixe lacto-). On retrouve différents grands types d’états communautaires de microbiote vaginal, appelées des CST (Community States Types). Les CST I, III et IV sont les plus représentés, avec environ 90% des femmes en âge de se reproduire présentant ces communautés. Toutefois, il est important de rappeler que la composition du microbiote vaginal peut varier chez certaines femmes et que cette composition bactérienne n’est pas immuable.
Cette classification par communautés a permis de mettre en évidence des effets protecteurs associés à certaines espèces. Ainsi, les microbiotes vaginaux dominés par Lactobacillus crispatus sont associés à une inflammation vaginale réduite.
Les espèces Lactobacillus crispatus, Lactobacillus gasseri et Lactobacillus jensenii produisent du péroxyde d’hydrogène (H2O2) en présence d’oxygène, ainsi que des bactériocines, qui vont inhiber le croissance des micro-organismes indésirables.
Les communautés dominées par L. crispatus sont reconnues comme celles offrant le plus d’effets protecteurs, tandis que celles dominées par L. iners en offrent le moins. Quant à L. jensenii et L. gasseri, elles pourraient être équivalentes à L. crispatus au vu de leurs similarités métaboliques.
Différents facteurs génétiques ou physiologiques ont un effet sur la composition du microbiote vaginal, effets qui peuvent être transitoires, ou non :
Les règles et les variations hormonales qui les accompagnent – le pH vaginal augmente légèrement ; les rapports sexuels non protégés – le sperme est une substance alcaline, qui va temporairement augmenter le pH vaginal et potentiellement apporter de nouvelles espèces bactériennes venant du microbiote du pénis ; la ménopause – élévation du pH vaginal au-delà de 4.7 ; des changements physiologiques internes ou externes, comme la consommation de tabac.
La modification du pH vaginal va moduler la présence de certains micro-organismes profitant de cette légère alcalinisation pour se développer. Il y a donc une interaction fine entre l’hôte (le corps humain) et les micro-organismes qui le peuplent.
Comme évoqué précédemment, la communauté CST IV est polymicrobienne et diffère des autres communautés par la non prédominance des lactobacilles.
Le pH vaginal y est plus haut (>4.5) et des symptômes sont fréquemment rencontrés : pertes anormales et/ou odeurs, bien que la plupart des femmes concernées par un CST IV soient asymptomatiques. Ces symptômes sont ceux que l’on retrouve dans la vaginose bactérienne, qui concerne entre 23% et 29% des femmes en âge de procréer. La vaginose bactérienne est caractérisée par une surreprésentation de diverses bactéries dont la plus connue est la bactérie Gardnerella vaginalis, qui est naturellement présente dans le vagin. Seule sa prolifération, en cas de déséquilibre du microbiote, donne lieu à des symptômes. Cette pauvreté en lactobacilles, associée à un pH vaginal élevé, sont donc des facteurs de risque pour l’apparition de troubles gynécologiques liés au microbiote vaginal.