Ouverture – Docteur Jean-Michel Lecerf

Chef du service nutrition – Institut Pasteur de Lille, Président du conseil d’administration de la Fondation PiLeJe

Palais Bourbon – Salle Colbert – 20 Novembre 2014

Nous remercions Mme Bernadette Laclais qui nous accueille dans cette salle magnifique.

Trois acteurs sont parties prenantes dans l’organisation de cette journée, puisque cette année nous a rejoints « Coopération santé », association loi 1901 visant à améliorer la coopération entre tous les acteurs du système de santé, présidée par M. Alain Coulomb. Le deuxième acteur est la Fondation PiLeJe, qui travaille à l’éducation pour la santé dans toute la France depuis plusieurs années. Elle a des activités d’éducation, de formation et de sensibilisation aux préoccupations de santé, particulièrement dans le domaine de l’alimentation.

Le troisième acteur est l’Institut Pasteur de Lille. L’Institut Pasteur est une fondation de droit privé, reconnue d’utilité publique, qui a 120 ans. Nous sommes la vieille dame dans cette affaire (1894‑2014) ! Notre mission, depuis la création de l’Institut, est triple. C’est à la fois une mission de recherche, initiée par Albert Calmette quand il est arrivé à Lille, une mission d’éducation à la santé et de santé publique, et une mission de formation.

Nos sensibilités se sont rejointes pour organiser ce troisième colloque. Après avoir passé en revue, les années précédentes, les acteurs de la prévention et sa finalité, nous posons aujourd’hui la question des leviers du changement. Pourquoi cela ne change-t‑il pas ? Pourquoi est-ce difficile ? On se sent tous concernés. Nous-mêmes, que faisons-nous ? Changeons-nous ? C’est un peu l’esprit de cette journée.

 

Je voudrais vous faire part d’un sondage qui vient d’être réalisé à la demande de la Fondation PiLeJe par l’IFOP, auprès d’un échantillon de 1 000 personnes. Il avait pour but de poser les

bases de notre réflexion sur les leviers du changement. C’est un sondage très original qui a été mené. La question principale était : « Y a-t‑il des bonnes pratiques pour rester en bonne santé, pensez-vous y arriver ? Pensez-vous pouvoir mener ces changements ? » On a distingué trois catégories de population : les réfractaires, qui ne cherchent pas à changer quoi que soit, les « adeptes contrariés de la prévention », qui soit ne parviennent pas à suivre ces bonnes pratiques mais souhaitent le faire, soit essayent sans toujours y parvenir, et enfin, les personnes qui y arrivent.

Ces derniers ne m’intéressent pas, ils sont déjà arrivés au but et certains n’ont peut-être pas de mérite : les non-fumeurs n’ont pas de mérite à arrêter de fumer.

Ceux qui m’intéressent, ce ne sont pas les irréductibles : il y a toujours des Gaulois qui disent « Pour moi, tout va bien, je ne veux pas changer. » Je suis avant tout intéressé par ceux qui se situent entre les deux : « Je n’y parviens pas, mais j’aimerais bien » ou encore « J’y arrive un peu, mais pas toujours. »

Prenons les sujets de la sédentarité et de l’alimentation. Le sondage a révélé que si les « bonnes pratiques » sont bien intégrées intellectuellement (10 % seulement de réfractaires en moyenne), plus des deux tiers des personnes interrogées parviennent difficilement, voire pas du tout, à pratiquer une activité physique régulière ou à manger de manière équilibrée.

 Pourquoi est-ce difficile ? Les causes sont multiples. Le principal frein est le manque de motivation (43 %) avec une tendance à la procrastination. Autres raisons invoquées juste après : le manque de temps (36 %), le fait que ces pratiques enlèvent tout plaisir dans la vie (35 %), qu’elles sont trop éloignées de leurs habitudes (35 %), qu’elles coûtent trop cher (31 %) ou encore qu’elles sont incompatibles avec le stress ressenti (25 %).

 À la question : « Quels sont les acteurs qui pourraient vous aider pour un meilleur suivi des changements à faire ? », « Un suivi plus régulier effectué par mon médecin m’aiderait » est la réponse qui vient en tête (81 %), puis une consultation médicale imposée chaque année par la Sécurité sociale (64 %) suivie de près par davantage de conseils délivrés par le pharmacien (60 %).

Enfin, à la question : « Quel est l’acteur reconnu comme le plus légitime pour assurer le suivi des bonnes pratiques en matière de santé ? », à tout seigneur tout honneur, ce sont les parents qui sont le plus souvent désignés, par 52 % des personnes interrogées. Sont ensuite cités les médecins (51 %), puis l’Assurance maladie (30 %), les pouvoirs publics (18 %), les médias (10 %), les mutuelles (9 %). La question que nous allons donc nous poser est : « Pourquoi les Français modifient-ils réellement, insuffisamment, ou ne modifient-ils pas du tout leurs habitudes de vie ? » Il ne s’agit pas d’accuser le voisin, mais de réfléchir. C’est l’esprit de cette journée que de remettre le patient au coeur de la prise en charge de sa propre santé.