Palais du Luxembourg – Salle Monnerville – 19 septembre 2012

Mesdames et messieurs, je vous remercie d’être si nombreux aujourd’hui pour ce colloque. Je vous souhaite à tous la bienvenue au Sénat. Naturellement, je suis très heureuse de participer à ce colloque organisé par la Fondation PiLeJe sur le thème de la prévention, et plus particulièrement sur l’importance  de la consultation médicale autour des habitudes de vie. Je voudrais féliciter le docteur Jean-Michel Lecerf d’avoir pris l’initiative d’organiser cette rencontre.

Je suis d’autant plus heureuse de parrainer cette journée que la prévention est un sujet qui me tient à cœur. Depuis que je suis sénatrice, à chaque fois que j’en ai eu l’occasion, j’ai rappelé dans mes interventions, l’importance que revêt la prévention. Celle-ci, selon moi, est un élément clé du système de santé. Alors que pourtant « prévenir, c’est guérir », la politique sanitaire en France demeure malheureusement encore trop axée sur le curatif.

Or, nous faisons le constat de fortes inégalités en matière de santé et de mortalité. Dans ces domaines, la France est le pays où les disparités sont les plus fortes, qu’elles soient fonction du sexe, de la catégorie sociale ou de la géographie. On observe chez les ménages les plus aisés, les plus instruits, et dans les catégories de professions qualifiées, une espérance de vie plus longue et un meilleur état de santé. Autre indicateur, le taux de prématurité. Celui-ci varie du simple au triple en fonction du niveau scolaire de la mère. Les inégalités apparaissent aussi dès l’école. On détecte des différences dans la prise en charge des troubles de la vue, des caries dentaires et dans l’apparition du surpoids.

Selon un rapport de la Direction de la recherche, des études, de l’évaluation et des statistiques (DREES), si l’état de santé des Français apparaît globalement bon, le taux de mortalité prématurée, c’est-à-dire avant 65 ans, reste en revanche un des plus élevés de l’Union européenne. Ces disparités trouvent en partie leur explication dans une politique de santé principalement axée sur l’accès aux soins. La prévention apparaît encore trop souvent comme le parent pauvre du système de santé. Par ailleurs, la crise économique que nous connaissons actuellement renforce la nécessité de réfléchir sur ces inégalités et à la mise en place d’une politique publique permettant de garantir à l’ensemble de la population une certaine égalité en matière de santé. Une catégorie de population ne doit pas plus qu’une autre être victime de certaines infections. C’est là tout le rôle de l’éducation en matière sanitaire.

Nous pouvons, par exemple, selon les estimations des scientifiques, déjà craindre pour les prochaines années une hausse des maladies chroniques telles que les cancers, le diabète, l’obésité ou les maladies cardiovasculaires. La Fédération internationale du diabète annonce une augmentation de 55 % du nombre de diabétiques en France, d’ici 2025.

Une politique de prévention adaptée, menée sur le long terme, permettrait en l’occurrence de générer des économies. Ces maladies sont la cause de décès prématurés avant 65 ans. Environ deux tiers de ces décès seraient évitables grâce à une action préventive efficace. Aujourd’hui, certains facteurs de risque sont bien identifiés : tabac, nutrition, alcool, exposition professionnelle, environnement et produits illicites. On peut donc mieux appréhender et agir sur ces risques. La promotion de la santé implique d’agir sur l’ensemble des déterminants de la santé et des conditions de vie, des facteurs et comportements personnels, sur l’environnement économique, social et culturel. Les politiques de santé doivent être menées en intelligence avec d’autres politiques publiques. La prévention doit devenir une priorité en matière de santé publique.

Nous devons développer une véritable culture de la santé en faisant comprendre que celle-ci se bâtit progressivement tout au long de la vie.

J’ajouterai aussi qu’il me semble essentiel de professionnaliser la protection de la santé et l’éducation à la santé. Le corps médical, et plus généralement les professionnels de santé et l’enseignement, doivent être formés, que ce soit dans le cadre de leur formation initiale ou dans le cadre de la formation continue. Il faut aussi adapter les programmes de prévention et d’éducation en matière de santé aux spécificités régionales.

Cependant, pour réussir, il faut dans un premier temps répondre à quelques questions. Quelle politique mener pour inciter les citoyens à devenir de véritables acteurs de leur santé ? Quels sont les messages à faire passer auprès du public pour montrer l’impact des habitudes de la vie sur la santé ? Quelle politique mener pour améliorer la nutrition ? Comment lutter contre l’obésité chez les enfants ? Quelle politique mener pour réduire la survenance de cancers ? Comment s’adapter aux évolutions de la société ? Quel est le rôle du médecin dans la prévention ?

J’espère que les échanges qui se feront aujourd’hui seront fructueux et permettront de répondre à toutes ces questions.

Je forme le vœu que chaque intervenant puisse, dans son propre domaine de compétences, apporter des informations et des propositions. Nous devons travailler tous ensemble pour que la prévention soit au cœur des politiques de santé. C’est ainsi que nous relèverons ce défi.