L’obésité infantile est un enjeu majeur de santé publique. En effet, près d’un enfant sur 5 présente un surpoids en France. Le pourcentage d’enfants ayant un excès pondéral a doublé entre le milieu des années 80 et l’année 2000.

La répartition des nutriments, notamment la part des protéines et des lipides, pourrait jouer un rôle sur le déroulement harmonieux de la croissance et sur le risque d’obésité.

Protéines et lipides

Alors qu’à tout âge, les apports en protéines sont élevés dans les pays industrialisés, cet excès est particulièrement remarquable chez les jeunes enfants dont l’alimentation se caractérise par des apports très élevés en protéines et plus faibles en lipides.

Ainsi, on a constaté une diminution de la part des lipides (passant de 38,3 à 36,4%) et une  augmentation de la part des protéines (passant de 12 à 13,6%) chez des enfants anglais entre 1,5 et 2,5 ans dont l’alimentation a été étudiée entre 1967 et 1993.

De même, chez des enfants français âgés de 10 ans, les apports en lipides ont baissé de 38,7% à 37% tandis que le pourcentage de protéines a augmenté de 13,5 à 15,3% entre 1978 et 1995.

Comment expliquer cette augmentation d’apports protéiques chez les enfants ?

Les apports élevés en protéines proviennent majoritairement de la consommation importante de produits d’origine animale. Chez les jeunes enfants, ils proviennent en particulier des laitages. Ainsi un lait demi-écrémé contient 28% d’énergie apportée par les protéines contre 20% dans le lait entier et 6% dans le lait maternel.

Les taux de lipides plus faibles s’expliquent non seulement par l’usage de laitages allégés mais aussi par une faible consommation de graisses pour l’assaisonnement (beurre ou huile).

Il est  à noter que le lait maternel est naturellement riche en lipides et contient peu de protéines. Ces apports élevés en lipides sont nécessaires pour répondre aux besoins élevés en énergie des jeunes enfants et pour le développement de leur système nerveux.

Quel lien entre développement de l’obésité infantile et augmentation des apports en protéines ?

L’influence des apports alimentaires au début de la vie sur l’évolution de l’adiposité a été recherchée dans diverses études. Une étude longitudinale française sur l’alimentation et la croissance (étude ELANCE) a été réalisée avec le but de rechercher les facteurs associés à l’âge du rebond d’adiposité.

Les résultats ont montré que seule l’augmentation de la part d’énergie apportée par les protéines à 2 ans était associée à un rebond d’adiposité précoce. Des études réalisées en Italie, Islande ou en Allemagne ont également montré une relation entre apports protéiques élevés et augmentation de l’adiposité.

Par ailleurs, pour répondre aux taux de lipides trop faibles, le métabolisme peut être programmé pour faire face au déficit, augmentant la susceptibilité à développer un surpoids lorsque l’alimentation sera plus riche en lipides.

Avec une alimentation caractérisée par des apports élevés en protéines et faibles en lipides, l’assiette du jeune enfant peut avoir des répercussions sur le développement de l’obésité. C’est pourquoi, il est essentiel de proposer au jeune enfant une alimentation adaptée à ses besoins spécifiques, en fonction de son âge.

Mieux comprendre

Le rebond d’adiposité, c’est quoi ? La définition de l’Organisation Mondiale de la Santé

Au cours de la croissance, la corpulence varie de manière physiologique. En moyenne, elle augmente la première année de la vie, puis diminue jusqu’à l’âge de 6 ans et croît à nouveau jusqu’à la fin de la croissance.

La remontée de la courbe de l’IMC observée en moyenne à l’âge de 6 ans est appelée rebond d’adiposité. Les études montrent que l’âge au rebond d’adiposité est corrélé a l’adiposité a l’âge adulte : plus il est précoce, plus le risque de devenir obèse est élevé.

Article réalisé à partir de la conférence de Mme Marie-Françoise Cachera lors des 15èmes Entretiens de Nutrition de l’Institut Pasteur de Lille, Unité de Recherche en Epidémiologie Nutritionnelle (UREN), Université Paris 13, Sorbonne Paris Cité.