De nombreuses études montrent aujourd’hui que l’obésité est plus fréquente chez les personnes les moins aisées. En France, 22% des personnes ayant un revenu de moins de 900 euros sont obèses contre 15% pour la moyenne nationale [1].

L’alimentation, un des premiers postes de dépense des ménages, reflète les inégalités sociales. Il a été observé que les personnes en situation de précarité consomment moins de repas par jour que le reste de la population et achètent également peu de fruits et légumes, de viandes et de poissons à cause de leur coût [2]. En revanche les féculents, les produits sucrés et salés industriels, pauvres en nutriments, sont très consommés par ces personnes car ils sont considérés comme bon marché, agréables à consommer et pauvres en eau donc facile à conserver [3],[4]. La surconsommation de ces aliments riches en graisses et en sucres chez les personnes en situation de précarité expliquerait alors cette prévalence plus marquée de l’obésité.

Le choix des consommateurs est lié à une contrainte budgétaire plutôt qu’à de mauvaises habitudes. Recommandés par les nutritionnistes et figurant dans les objectifs du Programme National Nutrition Santé, les fruits, les légumes et le poisson sont de véritables marqueurs sociaux de la consommation puisque les ménages à faibles revenus n’en consomment pas suffisamment par rapport aux recommandations nutritionnelles.

Les ménages pauvres sont d’autant plus exposés à des hausses de prix alimentaires que l’alimentation occupe un poids accru dans leur budget. Une étude sur les comportements alimentaires [2] estime à 70 euros par personne et par mois les dépenses alimentaires moyennes chez les personnes en situation de pauvreté soit environ 2,60 euros par jour. Une dépense quotidienne faible qui pourtant représente une part importante de leur budget.

Or, pour manger équilibré, il faudrait disposer de plus de 3,50 euros par jour [4],[5]. Au-dessous, l’équilibre semblerait très difficile à atteindre.

Les rapports existants entre les contraintes budgétaires et l’alimentation équilibrée en situation de précarité pourraient donc être un des principaux facteurs d’explication face à une obésité grandissante reflétant ainsi une « d’alimentation à deux vitesses ». En effet, la recherche d’une alimentation quotidienne moins chère peut augmenter le risque d’une baisse de la qualité nutritionnelle des aliments et provoquer une hausse importante de l’obésité [4]. Cependant, ne soyons pas fatalistes, il est quand même possible d’avoir une alimentation équilibrée avec un petit budget à condition d’avoir une bonne connaissance de la qualité nutritionnelle des aliments et de s’écarter des habitudes alimentaires les plus courantes.

Julie ELMA et Marine VALENCIEN. – élèves-ingénieurs en Alimentation & Santé – Institut Lassalle-Beauvais

Références

[1] INSERM / TNS HEALTHCARE (KANTARHEALTH) / ROCHE. Enquête épidémiologique nationale sur le surpoids et l’obésité – Etude OBEPI. 2009

[2] INVS. Surveillance nutritionnelle des populations défavorisées : premiers résultats de l’étude Abena. 2006, n° 11-12.

[3] Drewnowski A, Specter SE. Poverty and obesity: the role of energy density and energy costs. J Clin Nutr. 2004, 79, 6-16.

[4]CRES, Région PACA. Colloque régional “Obésité et précarité”. 2007.

[5] Darmon N,, et al. Impact of a cost constraint on nutritionally adequate food choices for French women: an analysis by linear programming. J Nutr Educ Behav. 2006, 38, 82-90.