Les ressources mondiales en protéines seront-elles suffisantes pour nourrir une planète de 7 milliards d’habitants aujourd’hui et de plus de  9 milliards d’habitants en 2050 ?

Une augmentation des revenus s’accompagne toujours d’une part d’une diminution des parts de glucides complexes, des lipides d’origine végétale et des protéines d’origine végétale et d’autre part d’une augmentation des parts des lipides libres et des protéines d’origine animale.

Pour ce qui est spécifiquement des apports protéiques, la corrélation positive entre leur importance dans les rations alimentaires et le revenu tend à augmenter dans le temps, cette importance étant pour l’essentiel due au remplacement des protéines d’origine végétale par des protéines d’origine animale.

Toutefois, au niveau mondial, les protéines végétales représentent toujours les 2/3 des apports protéiques des rations alimentaires.

Le défi alimentaire quantitatif global n’est qu’un élément d’un défi encore plus large, celui de la sécurité alimentaire qui inclut de nombreuses autres dimensions, notamment l’accès pour tous à une nourriture suffisante, équilibrée sur le plan nutritionnel et sûre d’un point de vue sanitaire, dimension qui renvoie en particulier à la problématique de la pauvreté et de la sortie de la pauvreté, du développement économique et de la répartition des fruits de ce développement économique.

Du côté de la demande, il s’agira de limiter les consommations alimentaires excessives, y compris les consommations de produits carnés et de réduire les pertes et les gaspillages aux stades de la transformation, de la distribution et de la consommation finale.

Au niveau de l’offre, au moins cinq leviers en sus de la réduction des pertes post-récolte peuvent être actionnés : augmenter les rendements, associer différentes productions sur une même surface, augmenter les terres cultivées, faire plusieurs cultures par an et optimiser les allocations des terres de façon à maximiser la production planétaire de calories.

Contrairement à la vision parfois répandue, il existe des terres cultivables non encore cultivées. Les terres émergées du monde sont égales à un peu plus de 13 milliards d’hectares dont 38% sont occupés par l’agriculture et 30% par la forêt.

Les travaux de l’International Institut for Applied Systems Analysis (IIASA) permettent sur la base d’une classification des terres en cinq classes d’aptitude (terres très favorables, favorables, modérément favorables, marginalement favorables et impropres à la culture) d’évaluer les surfaces potentiellement cultivables pour la culture pluviale et de comparer celles-ci aux utilisations actuelles ou projetées des terres.

Le potentiel total serait de 4,2 milliards d’hectares soit un peu moins du tiers des surfaces émergées totales. Sur ce chiffre, 1,6 milliards d’hectares sont déjà occupés par des cultures temporaires et permanentes. Il reste donc 2,6 milliards d’hectares potentiellement cultivables non encore cultivés, la majeure partie (1,8 milliards) dans les pays en développement.

S’agit-il là d’une vision optimiste ? L’approche adoptée par l’IIASA vise à déterminer le potentiel de terres qu’il serait possible de mettre en culture. Elle néglige les usages alternatifs correspondant à des prairies ou pâturages permanents, des forêts, des zones protégées ou encore des zones de peuplement humain.

Au-delà des incertitudes sur les chiffres, il y a consensus sur le fait qu’il faudra augmenter la production agricole à l’horizon 2050 pour répondre aux besoins alimentaires d’une population à la hausse, en outre de plus en plus urbanisée et sauf catastrophe, de plus en plus riche en moyenne.

Il y a également consensus sur le fait que, comme par le passé, c’est principalement en augmentant les rendements qu’il sera possible d’accroître les volumes produits.

Mais il s’agira de développer une culture compétitive et écologique. Cette double ambition requiert de forts investissements dans la recherche. Elle nécessite d’adopter une approche fondée sur une gestion intégrée des écosystèmes agricoles et l’emploi de techniques dites de « conservation des ressources naturelles ».

Le monde manquera-t-il demain de ressources protéiques ?

 A cette question, nous répondrons par la négative mais sous conditions :

–          non généralisation des niveaux de consommation en protéines animales des pays développés (ce qui ne veut pas dire que dans les zones où ces niveaux sont faibles de nos jours, il n’y aura pas croissance des consommations de produits animaux) et plus généralement non généralisation des régimes alimentaires des occidentaux

–           réduction des pertes et gaspillages tout au long de la chaîne de production

–           transformation, distribution et  consommation finale, à la maison et hors foyer et augmentation durable (au sens de développement durable) des rendements agricoles et plus généralement de la productivité par hectare des productions agricoles ; conditions qui exigent à leur tour que d’autres conditions soient remplies : investissements dans les infrastructures agricoles, agro-alimentaires, écologiques, logistiques, efforts de recherche et de recherche-développement, sécurisation des échanges de produits agricoles et agro-alimentaires…

 

Article réalisé à partir de l’intervention d’Hervé Guyomard, INRA, Directeur scientifique agriculture, lors des 15èmes Entretiens de Nutrition de l’Institut Pasteur de Lille.