Les protéines laitières ont des effets favorables sur l’os, la prise alimentaire, la régulation du poids ou la croissance staturo-pondérale. D’autres effets spécifiques peuvent-ils être identifiés et justifier que les protéines laitières aient une place à limiter ou à accroître ?

Les protéines laitières, rappel

Il est intéressant de considérer « l’effet matrice » des protéines laitières qui tient de l’interaction entre les différents nutriments. Le lait de vache contient de 32 à 35 g de protéines par litre dont 78 à 80% sous forme de caséine et 20 à 22% constituées de protéines de lactosérum.

Les caséines contiennent environ 37% d’acides aminés indispensables tandis que le lactosérum  et en particulier l’acide alpha-lactalbumine en contient environ 57%.

Effet des protéines laitières et pression artérielle

De très nombreuses études épidémiologiques ont montré une relation inverse entre consommation de produits laitiers et pression artérielle.

Les raisons de cet effet des protéines laitières ne sont pas encore très claires : est-ce dû au calcium ? Aux protéines ? Aux peptides ? A certains autres nutriments issus de la fermentation ?

Plusieurs peptides fonctionnels d’origine laitière sont candidats pour cet effet antihypertenseur, même si les études, à ce jour, restent contradictoires.

Effet des protéines laitières sur le rassasiement et sur la régulation du poids

De nombreuses études épidémiologiques montrent un effet favorable de la consommation de produits laitiers sur la gestion du poids. Cet effet semble attribué principalement au calcium, au travers de nombreux mécanismes. Mais le rôle des protéines laitières n’est pas exclu.

L’étude Diogènes a bien montre l’intérêt d’un apport suffisant en protéines pour perdre du poids. Il pourrait être dû à un effet sur la thermogenèse d’alimentation, sur la faim et sur la satiété. La nature des protéines pourrait jouer un rôle complémentaire selon que ce sont des protéines rapides ou des protéines lentes.

Mais les études ne permettent pas ce jour d’établir que les protéines laitières soient différentes des autres protéines animales pour cet effet.

Protéines laitières et ostéoporose

La question est très complexe. On sait que l’apport en protéines est essentiel en matière de santé osseuse sur le plan quantitatif. Mais une hypothèse a contribué à brouiller la problématique : il s’agit de l’hypothèse de l’effet acidifiant d’un apport élevé en protéines (animales), sans doute impliqué dans leur effet calciurétique.

Cependant, cet effet calciurétique n’est pas spécifique des protéines animales et se retrouve également dans une consommation élevée de protéines végétales.

De plus, c’est essentiellement parce que l’alimentation a une charge acidifiante élevée (PRAL), en raison d’un faible apport en minéraux alcalinisants, que l’effet habituellement positif des protéines est atténué.

Protéines laitières et croissance staturo-pondérale

Un apport protidique élevé est associé à une augmentation de la croissance. Ceci est probablement en partie lié à une augmentation de IGF-1. Cependant, si la consommation élevée de protéines laitières est susceptible d’être un facteur de gain de taille, elle est aussi associée à une masse grasse accrue.

Consommation de lait de vache et diabète insulino-dépendant

Plusieurs centaines de publications ont été consacrées au lien éventuel entre mode d’allaitement et survenue d’un diabète de type-1. L’hypothèse est double : soit c’est l’exposition précoce au lait de vache qui pourrait être un facteur de risque d’apparition d’un diabète insulino-dépendant, soit c’est l’allaitement maternel qui est un facteur de protection.

Plusieurs études ont montré que l’allaitement maternel total ou exclusif joue un rôle protecteur vis-à-vis du risque de survenue d’un diabète de type 1.

Une étude interventionnelle réalisée en Finlande il y a plus de 10 ans chez des enfants à risque génétique élevé de diabète de type 1 a montré que l’exclusion des protéines de lait de vache pendant les 8 premiers mois de vie était associée à une moindre incidence de diabète de type 1 pendant les 2 premières années de vie.

Dès 1994, l’Académie Américaine de Pédiatrie recommandait l’éviction des aliments contenant des protéines de lait de vache pendant la première année chez les enfants appartenant à une famille avec des antécédents familiaux de diabète de type 1.

En conclusion, on voit que les protéines laitières ont une complexité biochimique, représentée par l’effet matrice du lait.

Cette complexité s’exprime dans l’effet des produits laitiers sur l’os, avec l’interaction calcium-protéines. La complémentarité des protéines de lactosérum et de la caséine et de leurs effets joue un rôle dans l’effet spécifique des produits laitiers sur la croissance staturo-pondérale des enfants et  peut-être aussi sur la régulation du poids à l’âge adulte.

Il apparaît cependant que d’autres sources de protéines ont des effets proches, satiétogène et stimulant la production d’IGF-1.

Concernant le risque de survenue de diabète de type 1, on observe une très forte présomption d’un effet protecteur de l’allaitement maternel qui sera recommandé pour les enfants appartenant à une famille avec des antécédents.

 

Article réalisé à partir de l’intervention du Dr Jean-Michel Lecerf, Service de Nutrition-Institut Pasteur de Lille, lors des Entretiens de Nutrition de l’Institut Pasteur de Lille.