Docteur Jean-Michel Lecerf

Prévention, lutte contre l’obésité,… Quel regard portez-vous sur l’impact des informations nutritionnelles diffusées par les médias ?

Il est difficile d’avoir un avis univoque sur la question. L’information nutritionnelle diffusée par les médias est le support d’une sensibilisation utile. Les médias sont des bons relais pour une meilleure prise de conscience du surpoids et de l’obésité comme problèmes de santé publique.

Cependant, on assiste aujourd’hui à un matraquage par rapport au phénomène d’obésité. L’obsession sur le poids génère rejet et culpabilité des personnes concernées ou non par le phénomène. Beaucoup d’émissions dramatisent l’information nutritionnelle, et ont un effet toxique sur notre perception des informations. Certains de mes patients disent avoir peur de se regarder dans un miroir, de sortir, de manger en public.

Ensuite, on perçoit une confusion des messages, en entendant « tout et son contraire » : manger ou non des féculents, manger ou non du beurre, etc. Le danger est d’autant plus important que la confusion se focalise sur des aliments et non sur l’alimentation dans son ensemble ou sur les comportements alimentaires. Nous pouvons déjà nous rappeler de ne pas manger plus que ce qu’on dépense, d’apprendre à gérer sa faim, de savoir faire des écarts et les compenser.

Enfin, la recherche du sensationnel oriente le discours des médias. Les régimes toujours plus efficaces et toujours plus rapides permettent de vendre du papier mais s’opposent à la prévention et à une prise en charge efficace qui, elles, s’inscrivent sur du long terme. Aucun effet régime n’est en effet basé sur une approche individuelle : comment rétablir en quelques jours un problème de poids qui s’est progressivement installé ? Préconiser une solution unique pour guérir l’obésité n’a pas beaucoup de sens.

Quels conseils pouvez-vous donner aux parents qui souhaitent faire de meilleurs choix pour leurs enfants ?

Je voudrais conseiller aux parents de manger eux même de façon variée et d’ainsi entraîner, par osmose et contagion, leurs enfants à faire de même ! Et faites du repas un moment de partage, de plaisir et de joie.

Ce qui est important est de familiariser les enfants à une grande diversité alimentaire, sans pour autant tomber l’abondance. On sait qu’entre 2 et 7 ans, l’enfant est touché par ce qu’on appelle la néophobie alimentaire*(* la peur des nouveaux aliments). Faites-lui goûter de tout pour qu’il découvre progressivement de nouvelles saveurs. Donner le choix aux enfants ne leur rend pas toujours service : en guidant leur liberté, vous leur donnez à terme la possibilité de faire de vrais choix !

Enfin une dernière astuce, faites la cuisine en famille, faites participer vos enfants aux courses…, l’éveil des sens a son importance dans l’aventure de la découverte des aliments !

Chef du Service de Nutrition à l’Institut Pasteur de Lille, le Docteur Jean-Michel Lecerf cumule également les titres de Spécialiste en endocrinologie et maladies métaboliques, Professeur associé à l’Université des Sciences et Technologies de Lille et de Consultant au Centre Hospitalier Universitaire de Lille. Il est aussi l’auteur de 350 articles scientifiques et d’une dizaine de livres dans le domaine de la nutrition, du diabète, du cholestérol et de l’obésité.