Pierre Meneton

Les problèmes de santé liés à une surconsommation de sel sont aujourd’hui mieux connus. Face à une offre alimentaire riche en « sel caché », quels conseils donner aux consommateurs ?

Globalement, il n’y pas de moyen simple pour connaître sa consommation de sel car la quantité présente dans les aliments transformés est peu, voire pas indiquée. C’est le coté scandaleux de la situation.

Le premier conseil est donc de consommer le moins possible de produits transformés, du pain aux plats préparés en passant par la charcuterie ou les fromages. Ainsi en évitant les « prêt à emporter » et les « prêts à consommer », vous éviterez la consommation de quantité de sel totalement délirante ! Cela suppose de prendre le temps de faire un minimum de cuisine…

Un second conseil : privilégiez la cantine ou le restaurant qui confectionnent des plats ayant un minimum d’équilibre nutritionnel. Déjà, au collège, préférez aller au self plutôt que de grignoter sur le pouce à l’extérieur. De même, au bureau, favorisez le restaurant d’entreprise plutôt que le sandwich…

Pour résumer : faire des choix alimentaires simples ou faire la cuisine présentent des avantages tant nutritionnels que gustatifs et ne sont pas forcément plus chers…

Existe-t-il des solutions pour les industriels de l’agroalimentaire qui souhaitent réduire leur utilisation en sel ?

Les recommandations actuelles réclament une réduction des teneurs en sel des produits… Les quantités sont tellement élevées aujourd’hui, qu’une diminution de la quantité de 20% serait déjà énorme.

Certains industriels empruntent déjà une voie alternative, comme l’utilisation de sel de potassium. Ceci permet de réduire la teneur en sel tout en minimisant les pertes économiques mais il reste toujours l’idée de transformation des aliments…

L’obstacle étant purement économique à cause des réductions de profits qui résulteraient d’une diminution de la teneur en sel des aliments, deux « options » sont possibles. Soit les pouvoirs publics imposent des recommandations précises par une voie législative, comme en Espagne où aujourd’hui il y a une loi qui contrôle la teneur en sel du pain ; soit, on procède suivant le bon vouloir du secteur privé, mais les rythmes d’évolution seront bien moins importants…

Quelles attitudes peuvent adopter les consommateurs pour devenir acteurs d’un vrai changement ?

En plus de modifier leurs habitudes alimentaires, les consommateurs peut faire pression auprès des producteurs voire des distributeurs.

Prenons un exemple. Si une vingtaine de consommateurs demandent à un boulanger X de diminuer la teneur en sel de son pain, on peut déjà commencer à faire bouger les choses !

D’autres actions concrètes comme des campagnes publicitaires-choc, des campagnes de boycott, voire des actions juridiques, peuvent être à l’origine d’une responsabilisation à la fois du secteur agroalimentaire et des pouvoirs publics…

Pierre Meneton est chercheur à l’Institut National de la Santé et de la Recherche Médicale (INSERM) au sein du département de santé publique et d’information médicale (SPIM) de la Faculté Paris Descartes. Auteur de Le sel, un tueur caché (Editions Favre), Pierre Meneton a consacré une partie de ses travaux à dénoncer l’excès de sel présent dans l’alimentation « moderne ».

date de mise en ligne : 6 mai 2009