Les huiles végétales font partie intégrante de notre alimentation. Elles permettent de contribuer aux apports en lipides dont notre organisme a besoin. Dans la famille des lipides, on trouve plusieurs types d’acides gras : les acides gras saturés, mono-insaturés et polyinsaturés.

  • Les AG saturés (AGS) sont synthétisés par l‘Homme (comme par tous les organismes vivants), en particulier dans le foie, le cerveau et le tissu adipeux.
  • Les AG monoinsaturés (AGMI) proviennent, d‘une part de la synthèse endogène, et d‘autre part de l‘alimentation.
  • Les AG polyinsaturés (AGPI), sont divisés en deux familles d‘AG nommées n-6 ou oméga 6 (ω6) et n-3 ou oméga 3 (ω3), issues respectivement de l‘acide linoléique et de l‘acide α-linolénique. Ces deux AG sont « essentiels » car non synthétisables par l’Homme ou l’animal.

Tous ont un intérêt physiologique mais comme le précise le Dr Jean-Michel Lecerf, chef du service Nutrition de l’Institut Pasteur de Lille, «l’important, c’est de garder un équilibre entre eux. D’ailleurs, ce n’est pas parce que les acides gras saturés ne sont indispensables qu’ils ne sont pas utiles. En revanche, il faut veiller à la quantité. »

Il est notamment conseillé de veiller à des apports suffisants en acide alpha-linolénique, et en acide docosahexanénoïque (DHA) des acides gras polyinsaturés de la famille des oméga 3. En revanche, on limitera la consommation d’acides gras saturés et « trans » d’origine industrielle, très présents dans les produits industriels notamment, pour les acides gras saturés, par le biais de l’huile de palme, largement décriée ces dernières années.

En effet, l’huile de palme est au cœur de nombreuses controverses à la fois alimentaires et écologiques, accusée d’être à la fois mauvaise pour la santé et l’environnement.

Sur ce sujet récurrent et parfois caricatural du débat public, l’Institut de Recherche Clinique a souhaité réunir, le 5 novembre dernier à Paris, les meilleures experts scientifiques afin d’engager un débat ouvert et responsable sur la question de l’huile de palme.  Compte-rendu des interventions, qui vont au-delà des idées reçues.

Comment l’huile de palme est-elle utilisée ?

Depuis 2005, l’huile de palme est la première huile végétale dans le monde. Sa forte disponibilité en fait l’une des matières grasses les moins chères du marché. Sa production a été multipliée par trois en 40 ans. En 2012, 53,3 millions de tonnes d’huile de palme ont été produites. L’Indonésie et la Malaisie sont les principaux pays producteurs.

Dans le monde, 78% de l’utilisation de l’huile de palme correspond à un usage alimentaire, 18% pour l’oléochimie (détergents, cosmétique, crème…) et 4% pour les biodiesels.

En Europe, les chiffres sont légèrement différents avec une utilisation moindre en alimentation (68%) mais augmentée pour le biodiesel (22%).

En France, 120 000 tonnes d’huile de palme sont consommées chaque année, soit 2 kg par personne et par an.

 Quelle est la composition nutritionnelle de  l’huile de palme ?

Pas de surprise. L’huile de palme, comme toutes les huiles, contient 100% de lipides.  Sa particularité ? L’huile de palme présente un équilibre entre graisses saturées et graisses mono- insaturées. Au-delà des constituants lipidiques, l’huile de palme brute contient également des micronutriments: vitamine E, caroténoïde, phytostérols, composés phénoliques. Pour en bénéficier, il est nécessaire de privilégier une huile de palme non raffinée car le raffinage « élimine » les composés micronutritionnels.

 Teneur (%) en acides gras de l’huile de palme standard

 Acides gras saturés

   45-55 %

Acide laurique C12:0

< 0,5

Acide myristique C14:0

0,5 – 2

Acide palmitique C16:0

39,5 – 47,5

Acide stéarique C18:0

3,5 – 6

Acides gras monoinsaturés

38-45%

Acide oléique oméga 9

36 – 44

Acides gras polyinsaturés

9-12 %

Acide linoléique oméga 6

9 – 12

Acide alpha-linolénique oméga 3

< 0,5

Quels sont les impacts de l’huile de palme sur notre santé ?

C’est la richesse en acides gras saturés de l’huile de palme qui est la plus souvent pointée du doigt pour sa tendance à élever le cholestérol LDL, parfois aussi appelé « mauvais cholestérol ».

Toutefois, comme l’ont rappelé les Dr Jean-Michel Lecerf et Guy-André Pelouze, plusieurs études récentes (Framingham Heart Study, Western Electric Study ou une méta-analyse publiée en 2010*) ont montré que la consommation d’acides gras saturés n’était pas associée à un risque accru de maladies cardiovasculaires.

Il faut plutôt s’intéresser à l’environnement, aux habitudes de vie et à la génétique comme facteurs de risque cardiovasculaires. Pour le Dr Guy-André Pelouze, chirurgien cardiovasculaire, « il est important d’éduquer de manière ciblée en s’intéressant aux conditions de vie des gens et en essayant de les changer ». Parmi les conseils incontournables : pas de tabac, être actif physiquement et consommer des produits frais.

De plus, l’utilisation de l’huile de palme a permis de diminuer fortement la présence des acides gras « trans » dans les produits transformés, officiellement associés à un risque cardiovasculaire accru lorsqu’ils dépassent 2% de l’apport énergétique global.

Une huile trop présente dans les produits transformés ?

En raison de son faible coût, de ses qualités de conservation et de sa texture incomparable, l’industrie agro-alimentaire a généralisé l’utilisation de l’huile de palme dans les plats préparés et de nombreux produits manufacturés, types biscuits, barres chocolatées ou gâteaux apéritifs…

Pour le Dr Jean-Michel Lecerf, ces produits sont souvent peu intéressants d’un point de vue nutritionnel. Il est donc préférable d’en limiter la consommation.

La prochaine réglementation européenne sur l’indication obligatoire des huiles contenues dans les produits alimentaires devrait permettre à chacun de faire ses choix en toute connaissance de cause.  Aujourd’hui, la réglementation en vigueur oblige seulement à faire figurer la mention « huile végétale » sur les produits contenant de l’huile de palme.

 L’huile de palme nuit-elle à l’environnement ?

La thématique du Symposium portait spécifiquement sur les liens entre huile de palme et santé et non huile de palme et environnement. La question a toutefois été soulevée : 7% des forêts ont été détruites pour implanter des palmeraies. Maintenant, c’est le commerce du bois qui est aujourd’hui principalement responsable de la déforestation en Asie.

Au cœur de l’actualité avec la fameuse proposition de « taxe Nutella » du nom de la populaire pâte à tartiner au chocolat qui en contient, l’huile de palme fait parfois figure de « palmier qui cache la forêt ». En effet, en tant que telle, l’huile de palme n’est pas toxique ni même dangereuse, mais sa consommation doit être raisonnable du fait de sa richesse en acides gras saturés, de sa présence dans des produits transformés, souvent pauvres en micronutriments et de ses conséquences sur l’environnement.

Les vraies questions de santé publiques, l’obésité et les maladies cardiovasculaires, appellent d’autres politiques publiques que la « taxe Nutella ». Pour le député Jean-Yves Le Déaut, le vrai défi est dans la mise en place d’une médecine et d’une nutrition personnalisée. Quant au Dr Guy-André Pelouze, il milite pour « la mise en place de politiques de santé publique ou de sensibilisation à la Nutrition à destination de tous les acteurs de la société civile » et pour des actions de terrain dans les entreprises, les écoles afin d’aider les patients à modifier leurs modes de vie.

 

*Siri-Tarino et al., 2010

Sources

Le Symposium « Huile de palme et santé » s’est tenu mardi 5 novembre 2013 à Paris sous l’égide de l’IRC. Il a réuni le professeur Jean-Michel Lecerf (endocrinologue), le Dr Guy André Pelouze (chirurgien thoracique et cardiovasculaire), Jean-Paul Jamet (agronome) ainsi que le député Jean-Yves Le Déaut et la sénatrice Catherine Procaccia

L’Institut de Recherche Clinique (IRC) est une association loi de 1901 dont l’objectif est de développer la recherche en cardiologie et en angiologie. Cet institut a été fondé par Guy André Pelouze, chirurgien thoracique et cardiovasculaire.